Dans outre-Terre


Nous voyons que la mondialisation de l’alimentation en Corée (qui ne se réduit pas à celle de la cuisine
coréenne) présente à la fois une gentrification des pratiques et une uniformisation vécue comme une «
américanisation » de la consommation. D’une part, les acteurs coréens de la gastronomie souhaitent «
décoloniser » ce terrain en se le réapproprient, ce que la « réalisation » progressive du quartier
cosmopolite d’It’aewon symbolise apparemment. Mais la poussée incessante des effets d’une économie
mondialisée, associée à l’héritage complexe de la période coloniale et de l’après-guerre, entraîne un
sentiment de perte d’identité collective, voire d’invasion, comme l’ont montré les violentes manifestations
de 2008 contre l’importation de viande américaine.

Il est donc à prévoir, parallèlement à un raffinement de plus en plus « local » de la cuisine, un
raidissement grandissant face à la dimension « globale » du phénomène. C’est ce que reflète le débat
complexe et souvent passionné sur la « mondialisation » de la cuisine coréenne. Entre patriotisme
aveugle et manipulation cynique du soft power, entre partisans de l’essentialisme rigide et ceux qui
prêchent la fusion opportuniste, il implique un ensemble d’acteurs que certains trouvent trop nombreux
et peu accordés : petits producteurs, chefs, conglomérats, institutions gouvernementales travaillant au
Branding Korea. Comme toujours, la Corée se rêverait sur la scène mondiale de manière exclusivement
centrifuge, sans pénétration étrangère sur son terrain intérieur, ce qui est bien évidemment un rêve
pieux.


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